François Caquineau naît en 1757, de François, valet, et Jeanne Morisset. Ses parents se sont mariés à Saint-Pompain, le 22 octobre 1742 et ont passé un contrat de mariage devant le notaire Boutin.
Le 2 octobre 1789, François Caquineau signe les registres paroissiaux comme vicaire de Chiché.
Dans un « état des ecclésiastiques du canton de Chiché avant le 19 fructidor an 5 » (5 septembre 1797), rédigé par les administrateurs du canton de Chiché le 8 brumaire an 6 (29 octobre 1797), François Caquineau est décrit comme « brouillon, dangereux et immoral. Il a prêté et rétracté deux fois son premier serment. Il a fait relever la croix et sonner la messe, établi des corvées et des taxes pour relever l’église de Faye-L’Abbesse ». Ses propos sont jugés par les administrateurs ceux d’un contre-révolutionnaire.
Le même jour, les mêmes administrateurs affirment que Caquineau « est parti à la première nouvelle de la loi du 19 fructidor[1]… Nous le croyons à Poitiers. Pendant la guerre, il s’était retiré dans cette commune et y disait la messe en chambre. Si quelque prêtre a mérité la déportation, c’est celui-là. On le dit sur la liste des émigrés ».
Le 13 fructidor an 8 (31 août 1800), François Caquineau est inscrit sur la liste des « émigrés et prévenus d’immigration ». Il demeurait alors à Faye -L’Abbesse. On le retrouve ensuite à Paris d’où il envoie le 28 floréal an 10 (18 mai 1802) une lettre au préfet des Deux-Sèvres dans laquelle il donne son adresse : « Chez Mme Aubertin, maison des sœurs de Saint-Thomas n° 1102 rue de Sèvres ».
Quelques extraits de cette lettre éclairent le parcours de l’homme d’Église :
« Comme on m’avait assuré que le gouvernement vous avait demandé la liste des prêtres de votre département, dans la crainte où je suis que vous n’ayez pu m’y comprendre à cause de mon absence, j’ai l’honneur de vous écrire pour vous donner un signe de vie et vous témoigner le désir que j’ai de retourner dans mes contrées ».
François Caquineau justifie ensuite les causes de son départ :
« Il y a deux ans, le citoyen Thibaudeau, brigadier des gendarmes de Chiché me dénonça auprès de vous pour lui avoir déplu en refusant pour mon ministère les funérailles d’une femme publique qui mourut à Chiché sans vouloir se reconnaître ».
Puis il rappelle quelques moments importants de sa vie :
« Je suis né à Saint-Pompain, près Niort, département des Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers d’après la nouvelle circonscription, j’ai environ 22 ans de prêtrise, j’ai été proscrit en 1792 comme non- conformiste, inscrit ensuite sur la liste des émigrés et c’est à vous citoyen que j’ai dû le première liberté dont j’ai commencé à jouir, il y a deux ans […]
Nommé curé de Faye-L’Abbesse, j’y exerçais les fonctions du Saint-Ministère, lorsque les chicanes des gendarmes de Chiché m’obligèrent d’abandonner mes fonctions pour les dangers que mes amis me dirent que je courais. En conséquence, je suis venu me fixer dans cette capitale pour y trouver des moyens d’existence ».
François Caquineau conclut sa lettre en soulignant que puisque la paix est maintenant donnée à l’Église, il désire rentrer dans son département et retrouver la même cure qu’il avait auparavant ou une autre à laquelle il serait appelé. ».
Résidant toujours à Paris, âgé de 45 ans, François Caquineau est amnistié le 20 vendémiaire an 11 (12 octobre 1802).
En l’an 13, Caquineau habite La Rochelle, il est chanoine. Le 21 floréal (11 mai 1805), il a fourni toutes les pièces qui lui permettent de toucher sa pension ecclésiastique de 800 francs. Il ne reviendra jamais dans les Deux-Sèvres. Il décède en effet à La Rochelle le 4 octobre 1831.
Marc Bouchet
[1] La loi du 19 fructidor an V obligeait les membres du clergé à prêter serment de « haine à la royauté et à l’anarchie, d’attachement et de fidélité à la République et à la constitution de l’an III ». Le Directoire pouvait alors déporter par des arrêtés individuels motivés les prêtres qui refusaient de prêter le serment.
Sources :
Arch. Dép. Deux-Sèvres, M 208, 1 V 50, 4 M 213, 2E 84/6, 2E 312/586.
